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Enquête Le Choix de l'école

“Les professeurs doivent savoir parler de laïcité avec leurs élèves.”

“Les professeurs doivent savoir parler de laïcité avec leurs élèves.” 600 400 Le choix de l'école

Comment aborder les sujets de laïcité, de faits religieux et d’identité avec les élèves ? La question sera cette année encore au coeur du programme de l’université d’été Le Choix de l’école avec l’association Enquête, qui interviendra auprès des nouveaux enseignants.

“Les professeurs doivent savoir parler de laïcité avec leurs élèves.”

“L’incapacité des adultes à parler sereinement des faits religieux se répercute sur les enfants”. Comment aborder les sujets de laïcité, de faits religieux et d’identité avec les élèves ? La question sera cette année encore au coeur du programme de l’université d’été Le Choix de l’école. L’association Enquête interviendra auprès des nouveaux enseignants pour les aider à aborder ces sujets avec les collégiens. Rencontre avec Marine Quenin et Lola Petit de l’association Enquête.

Pourquoi est-il nécessaire de parler de faits religieux et de laïcité à l’école?

C’est important parce que ces deux notions sont souvent mal comprises par les adultes, et donc par les enfants. Je suis partie du constat que mes enfants ne comprenaient pas certains comportements de leurs camarades, à l’école et en dehors, et que ça les menait à de fausses interprétations. Je me suis donc demandée comment y remédier, et je me suis intéressée à la manière dont ces questions sont abordées à l’école.

J’ai un copain qui ne mange pas de porc à la cantine, sinon il va mourir.

Pourquoi mon copain ne mange pas pendant un mois ?

Pourquoi ma copine éteint la lumière le vendredi soir ?

Ces questions des élèves peuvent être traités en histoire et en enseignement moral et civique par exemple, mais dans les faits ces sujets restent peu abordés. Et ce que j’ai réalisé, c’est que les enfants n’arrivaient pas à comprendre ces sujets, parce que les adultes eux-mêmes ne les comprenaient pas, et n’étaient pas à l’aise pour en parler.

Aujourd’hui en France, il est difficile de parler de ces sujets sereinement. La crispation des adultes et notre incapacité à parler de ces questions se répercute sur les enfants.

Rester dans l’ignorance peut faire naître des incompréhensions et des peurs, et entraîner des tensions. Ainsi, il faut d’abord former les professeurs, pour qu’ils puissent former les élèves à leur tour. C’est de là qu’est née l’idée de l’association. J’avais envie que mes enfants puissent comprendre, et ainsi penser librement.

En quoi enseigner les faits religieux à l'école, c’est permettre d’éduquer à la laïcité et de parler de religion sereinement ?

Le but de notre action est d’apaiser le rapport à ces sujets, de développer un rapport réfléchi aux religions et aux convictions et de faire adhérer les jeunes à la laïcité comme garante du droit de croire ou non et de pratiquer ou non. Nous sommes conscients de la pluralité des représentations de la laïcité et des religions. L’association traite ces sujets comme objets de connaissance et non par le prisme du positionnement idéologique ou confessionnel. “Les faits religieux” est une expression pour désigner une approche des religions et des convictions comme des phénomènes que l’on peut étudier en sciences sociales et de manière non confessionnelle.

La laïcité, parfois interprétée comme la négation de la religion, définit le cadre qui permet d’aborder les religions de manière sereine et non passionnelle.

La laïcité est utilisée comme le cadre légal où le dialogue non-confessionnel sur les religions et les convictions est possible, où le professeur est un facilitateur et l’établissement scolaire un espace où l’on peut parler des faits religieux et de leur place dans la construction des identités individuelles et collectives. L’enseignement des faits religieux permet aussi d’apprendre aux élèves qu’il existe différents régimes de laïcité, de régulation des rapports entre le politique et le religieux dans le monde.

Comment le professeur peut-il aborder ces sujets en classe et amener le débat ?

La question de l’accompagnement du personnel éducatif est au cœur de notre action. Nous pensons qu’il ne faut pas attendre l’incident pour parler de ces sujets, mais qu’il faut au contraire les aborder de manière régulière et sur le long terme, pour désamorcer les possibles tensions.

Toute personne est légitime de parler de religion même si elle ne croit pas en Dieu. La laïcité permet d’en faire un objet de connaissance qui appartient à tout le monde. Le professeur a donc toute sa légitimité pour en parler.

La neutralité dont doit faire preuve le professeur a un rôle pédagogique.

La neutralité de l’interlocuteur est rassurante pour les élèves qui n’auront pas peur de s’exprimer, et qui permettra aussi au professeur d’accueillir leur parole sans jugement.

La première étape est de libérer la parole des jeunes, et ensuite de déconstruire les préjugés.

On utilise la maïeutique. Le professeur a le rôle “d’accoucheur” des idées. Il part du questionnement des élèves et de leurs remarques, pour les inciter à développer leur esprit critique et à construire un raisonnement. Pour cela, quoi de mieux que de le faire par le jeu.

Nous avons développé un outil à destination des élèves, sous forme de jeux de cartes.

L’idée est de présenter ces sujets a priori sensibles, sur un support ludique, le jeu de cartes. Sur chaque carte est écrit un mot : une aire géographique, une nationalité, une religion ou une conviction comme l’athéisme, par exemple. L’enseignant part de ces cartes, pose des questions, laisse la parole aux élèves, les fait réagir aux interventions des uns et des autres, et les oriente.

Les cartes du jeu permettent aux élèves de comprendre que chaque personne est porteuse de plusieurs identités qui peuvent se combiner

On peut être juif, noir et Français, et on peut être musulman, blanc et Français, aussi. Nous essayons de transmettre l’idée que la citoyenneté française ne dépend pas de l’origine ou des convictions, et qu’une identité est plurielle.

Quelles sont les difficultés rencontrées par les enseignants ?

La difficulté principale des professeurs est de se projeter pour en parler aux élèves.

Les enseignants n’osent souvent pas aborder le sujet parce qu’ils ne savent pas comment faire et ont peur de dire des bêtises.

Il arrive régulièrement qu’un professeur soit en difficultés pour expliquer, par exemple la théorie du Big Bang ou l’évolution des espèces à des élèves qui remettent en question ses propos avec des réactions comme “Moi je n’y crois pas à votre truc-là, car c’est Dieu qui a créé le monde”.

On forme les enseignants à pouvoir réagir à ce genre de remarques, mais on les invite avant tout à aborder ces sujets de manière proactive sans attendre ce type de remarques, voire un incident.

On leur explique comment amener les élèves à différencier savoir et croire, deux champs différents, mais pas nécessairement en concurrence.

Le savoir scientifique peut être observé, reproduit par l’expérience et vérifié, la croyance ne peut pas être prouvée, même si elle est très forte. On aborde indirectement le sujet des fake news, des théories du complot mais aussi du racisme. La question de la confiance dans les acteurs qui sont supposés détenir le savoir, l’institution scientifique ou les médias par exemple, est abordée. On forme les professeurs à enseigner des méthodes, comme la multiplication et le croisement des sources, pour vérifier une information.

Finalement, on a l'impression que tout le monde aurait besoin de votre formation, et pas seulement les professeurs et les élèves ...

Oui, on a fait ce constat là aussi. D’abord, on aimerait généraliser cet enseignement à tous les établissement scolaires.

On fait cette formation auprès des enfants et des adolescents, car leur jeunesse est un terreau sur lequel ils peuvent se construire après.

On promeut cet enseignement dès l’école élémentaire car on rencontre chez les enfants une curiosité dégagée des contingences adolescentes. Les adolescents sont aussi travaillés par ces problématiques; elles s’articulent souvent aux questionnements de construction identitaires et à une réflexion politique qui se déploie.

Notre objectif est de donner envie et de rassurer les différents acteurs qui veulent aborder ces questions. Pour cela nous les formons, dans le but qu’ils puissent le faire sans nous. On a des demandes dans différents secteurs, dans les municipalités pour les éducateurs, à la Fédération Française de Football pour les jeunes, à la Protection Judiciaire de la Jeunesse, chez les scouts, etc. Pour l’instant, nous ne sommes que quatre dans l’équipe, nous verrons comment l’association évolue.

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