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Sophia Affane, psychologue de l'éducation nationale

“Je veux aider les professeurs à déculpabiliser face au décrochage”

“Je veux aider les professeurs à déculpabiliser face au décrochage” 466 350 Le choix de l'école

Sophia Affane est psychologue de l’éducation nationale depuis dix ans.

“Je veux aider les professeurs à déculpabiliser face au décrochage.”

Sophia Affane est psychologue de l’éducation nationale depuis dix ans. Elle intervient dans des collèges de Seine-Saint-Denis sur les questions d’orientation et en appui des équipes sur les questions de troubles du comportement, des apprentissages et de décrochage scolaire. Elle anime des ateliers sur ces thèmes pour les professeurs accompagnés par Le Choix de l’école.

Quel est ton objectif lors des ateliers que tu animes pour Le Choix de l’école ?

Mon but est double. Je veux que les nouveaux professeurs comprennent ce qu’est le décrochage, connaissent les dispositifs de prévention et la façon de les utiliser.
Mais je veux aussi qu’ils comprennent qu’ils ne sont pas seuls à devoir traiter le décrochage. C’est un problème systémique, à aborder collectivement, avec l’équipe pluridisciplinaire, l’élève concerné et sa famille.

Comme ils sont en contact direct avec les élèves, les professeurs ont tendance à se sentir responsables de 100 % des échecs dans leur classe.

Or ils ne peuvent évidemment pas tout traiter seuls, donc il faut les informer de l’existence des dispositifs pour les aider à se centrer sur ce qu’il savent faire, la pédagogie.
Le programme proposé par Le Choix de l’école leur permet de prendre les temps de recul nécessaires pour analyser autrement ce qui se joue dans la classe, ce qui est dur à faire seul.

Qu’est-ce que le décrochage scolaire ?

Il y a autant de formes de décrochage que d’élèves décrocheurs !
L’une des formes les plus visibles du décrochage est l’absentéisme, dont les formes sont multiples : perlé sur une même journée, systématique à certains cours et pas à d’autres, en début de matinée ou juste après la pause déjeuner, etc.

Les chiffres concernant l’exclusion des cours peuvent également être utiles pour démasquer les stratégies d’auto-exclusion de certains élèves. Par exemple, ils arrivent immanquablement en retard ou adoptent systématiquement un comportement pour se faire exclure.

Autre comportement pouvant être un indicateur de décrochage : l’élève présent-absent, c’est-à-dire l’élève qui vient en cours mais ne travaille pas. Un élève très passif mais sans problème de comportement ou d’agitation.

Il y aussi des décrochages provoqués par des situations médicales ou sociales qui ne permettent pas à l’élève de venir en cours.

Quelle est la principale forme de décrochage rencontrée par les professeurs ?

Le plus fréquent et le plus compliqué, c’est de gérer les comportements perturbateurs ou les refus manifestes de travail, qui empêchent l’élève, mais aussi toute la classe, de travailler.

Cela induit une question de gestion de classe, qui reste un sujet tabou dans certains collèges, alors que c’est ici encore une question à aborder collectivement, avec la classe et l’équipe pluridisciplinaire.

La classe est un microcosme d’un ensemble plus grand qui est le collège. Ce ne sont pas les professeurs qui créent ces comportements, il est nécessaire qu’ils trouvent un sens dans le comportement de l’élève, sans le prendre personnellement.

Quand les professeurs que je vois en ateliers comprennent ça, ils dédramatisent les situations, arrivent à prendre du recul, se sentent moins impuissants et arrêtent de s’attribuer toutes les responsabilités.

Comment les professeurs peuvent-ils agir face à un cas de décrochage ?

Les professeurs doivent savoir identifier le décrochage d’un point de vue scolaire, pédagogique. Par exemple, est-ce que l’élève refuse de travailler ? Est-il agité ? Vient-il systématiquement sans son matériel ?

Il existe ensuite des dispositifs pour prévenir le décrochage qu’il est important de porter à la connaissance les professeurs. Ils sont en première ligne avec les élèves, ils entendent leurs paroles, voient leurs gestes. Mais souvent les relations de prévention se font sans eux pour des questions organisationnelles. Conséquence, ils ne connaissent pas forcément ces dispositifs, d’où l’intérêt des ateliers proposés par Le Choix de l’école.

Pour les élèves de moins de 16 ans, il existe par exemple les dispositifs relais dans lequel l’expertise pédagogique du professeur est centrale, puisqu’on ne peut pas traiter le décrochage scolaire sans aller voir du côté de la pédagogie.

Le professeur qui identifie un élève décrocheur fournit un bilan pédagogique sur l’élève et des recommandations. Ce bilan est versé au dossier examiné par la commission qui statue sur la pertinence de la prise en charge du collégien. Dans la cas de l’orientation de l’élève vers un dispositif relais, ce bilan permet ensuite d’assurer une transition avec cette classe qui sera, selon les cas, en dehors ou dans le même collège.

Un message que tu souhaites passer aux professeurs ?

Le métier de professeur est transversal, pas individuel.

C’est collégialement que l’on fait face au décrochage.

C’est également cette approche collective qui permet de ne pas être dans la réaction mais plutôt dans l’anticipation face à cette situation.

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